POLYAMOUR CLICHÉS #1 | Les polyamoureux sont-ils des éternels insatisfaits ?

Quelqu’un m’a demandé si les polyamoureux sont des éternels insatisfaits. On me pose souvent ce genre de question, j’ai l’habitude d’y répondre spontanément mais je voulais prendre le temps d’étudier et de méditer sur ces questions pour proposer une réponse plus développée. Mon but n’est pas défendre les valeurs et l’idéal du polyamour par rapport à la monogamie mais d’être le plus objectif possible en considérant toutes les orientations possibles.


Je ne souhaite pas faire des généralités et des différences entre les monogames et les polyamoureux. Je sais qu’on a tendance à vouloir se démarquer des autres en affirmant son identité mais je ne pense pas que nous soyons si différents. Pour répondre à la question, j’aimerai d’abord vous parler de satisfaction et d’insatisfaction avant de rattacher ça aux orientations relationnelles.

INSATISFACTION

Je pense que notre capacité à être insatisfait est caractéristique de l’être humain, plus que les autres espèces. Dans son livre « Journal intime d’un touriste du bonheur », Jonathan Lehmann m’a fait découvrir l’expression « adaptation hédonique », qui désigne notre capacité à nous accommoder de (je cite) « presque toutes les circonstances, du mauvais comme du bon. Alors oui si on doit aller en prison ou que l’on devient tétraplégique, cette proportion du cerveau à pouvoir s’adapter aux changements nous permet d’être beaucoup moins malheureux qu’on aurait pu l’imaginer, mais le revers de la médaille et que l’adaptation hédonique nous familiarise aussi avec le positif, et nous fait donc prendre pour acquises ces choses dont on rêvait avant de les obtenir. C’est ce qui explique que les gagnants au loto n’augmentent pas forcément leur bonheur une fois la cagnotte empochée. C’est pour ça qu’acheter des biens matériels ne comblent personnes durablement. Et c’est pour ça qu’on peut, sur une plage merveilleuse comme celle-là, être physiquement au paradis et mentalement au purgatoire. Le paradis et l’enfer sont des états d’esprit. »

Cette faculté d’adaptation, si elle reste inconsciente, peut potentiellement vous empêcher d’apprécier votre confort, vos biens ou vos relations.

SATISFACTION

Mais ce n’est pas une fatalité puisque prendre conscience du fonctionnement de cette faculté, nous permet d’éviter de rentrer dans ces schémas automatiques. Vous avez déjà probablement entendu de nombreuse citation à ce sujet, comme celle de Paulo Coelho : « Le bonheur n’est pas d’avoir ce que l’on désire, mais d’apprécier ce que l’on a. ».

Si demain je vous dis que vous ne mangerez rien d’autre qu’une pomme, vous serez peut-être déçu si vous avez une alimentation riche et variée. Pourtant si je la donne à quelqu’un qui ne mange pas à sa faim, il sera super content. Donc dans l’absolue ce n’est pas ce que l’on a qui nous rend heureux mais la manière dont nous l’apprécions.

Bien sûr ces concepts sont connus mais le plus dur pour tout le monde, moi le premier, c’est d’essayer autant que possible de se recentrer sur le moment présent pour profiter de ce qui nous entoure.

RELATION ET BONHEUR

Donc que vous viviez de manière exclusive ou non, vous serez confronté exactement aux mêmes problèmes d’insatisfaction. Et cumuler les biens matériels ou les relations ne permettra pas de vous satisfaire durablement.

Du coup, si vous expérimentez le célibat, la monogamie en série, le polyamour ou le libertinage, et que vous enchaînez ou cumulez les relations, ce n’est pas bien ou mal, il faut juste être conscient de pourquoi vous le faites. Si c’est pour combler un manque, par ego ou pour rechercher le ou la partenaire « idéal(e) » par exemple, vous serez peut-être toujours insatisfait.

Je pense que c’est intéressant de réfléchir à pourquoi est-ce qu’on veut avoir une ou des relations amoureuses. Car comme je le constate dans ma vidéo sur les conditionnements sexistes, on nous a martelé depuis des décennies que l’accès à l’épanouissement passe par le couple et on pourrait finir par être plus attaché à la représentation qu’on se fait de son histoire d’amour, plus que la personne elle-même. Mais en creusant un peu, derrière notre envie de relation amoureuse se cache surtout la recherche du bonheur. Et si une certaine qualité de relation est nécessaire à nos besoins, ce n’est qu’une partie de tout ce qui contribue à nous rendre heureux.

Si un génie vous donnait le choix entre continuer à vivre vos relations amoureuses avec vos hauts et vos bas, ou ne plus en avoir du tout mais avoir la garantie d’être heureux toute votre vie, qu’est-ce que vous choisiriez ? Personnellement j’aurai du mal à abandonner l’idée d’être amoureux pour l’intensité des émotions que ça procure. Mais honnêtement je trouve que nous sommes conditionnés à penser que seules les relations amoureuses peuvent nous apporter cet état. Pourtant de nombreux sage semblent expérimenter un état de bonheur extatique sans entretenir ce genre de relation.

MONOGAMIE VS NON-EXCLUSIVITÉ

Chercher à savoir qui des monogames ou des polyamoureux sont les plus insatisfaits n’a pas de sens. Il suffit de regarder les statistiques du divorce qui concerne environ un mariage sur deux et qui ne tiennent pas compte des couples non-mariés ou qui ne sont pas heureux mais restent ensemble par confort. Mais les polyamoureux ne sont pas épargnés non plus par les aléas des relations amoureuses. Tout le monde est dans le même bateau.

De mon expérience, une différence notable entre ces deux modes de relation, est qu’en polyamour on n’est moins confronté à devoir faire un choix entre plusieurs personnes que l’on aime et qui crée une véritable rupture en monogamie. Je trouve que la non-exclusivité permet plus facilement de développer des liens sur le long terme.

Au début de mes relations en monogamie, j’ai ressenti (à tort) que ma partenaire devait combler toutes mes attentes. La recherche de cet idéal est absurde et pousse beaucoup d’entre nous, à vivre une monogamie en série dans notre quête de satisfaction. Finalement la découverte du polyamour et une prise de conscience personnel, m’ont aidé à comprendre que je devais simplement apprécier les personnes que j’aime pour ce qu’elles sont. Cet état d’esprit permet d’arrêter de se concentrer sur ce que nous attendons des autres (et que nous ne contrôlons pas) mais sur ce qu’elles peuvent nous apporter, ce que nous pouvons partager. Mais il ne faut pas non plus mélanger tous les sujets, avec plus de maturité, j’aurai très bien pu m’en rendre compte quand je vivais en monogamie.

SOLITUDE

Je sais que ma capacité à être satisfait de mes relations ne dépend pas de leur nombre et faire des rencontres n’est pas non plus liée à la peur d’être seul. Je suis d’ailleurs quelqu’un de très solitaire et j’ai besoin de beaucoup de temps pour moi. Comme l’explique très bien Sadghuru : « Là tout de suite, disons que vous êtes dans un état de bonheur absolu, comme moi. Vous souciez-vous de qui est là, qui n’est pas là ? S’ils sont là, c’est fantastique. Ils sont partis, fantastique. Parce que votre expérience de la vie n’est plus déterminée par ce que vous avez et ce que vous n’avez pas, que ce soit des gens ou des choses ou de la nourriture ou ceci ou cela, ce n’est pas déterminé par ça. »

Je me sens vraiment heureux et j’aime faire beaucoup de chose différente. Donc peu importe que je sois seul ou avec quelqu’un, j’apprécie chaque moment différemment. Et quand j’ai le choix entre rester seul et voir quelqu’un, la réponse n’est pas évidente mais j’essaye de varier les expériences.

VOYAGER

Jusqu’ici je vous aie expliqué que tout le monde, peu importe ses orientations, peut ressentir de l’insatisfaction, que les relations amoureuses ne devraient pas être autant au centre de nos préoccupations et que multiplier les partenaires n’est pas forcément une quête de satisfaction ou une peur de la solitude.

Mais à ce moment-là on me demande souvent : « oui mais alors pourquoi tu as besoin d’avoir d’autres relations ? ». Personnellement, je n’en ressens pas le « besoin », c’est simplement un plaisir et une possibilité qui se fait ou pas, suivant les envies de chacun.

Le but n’est pas de trouver mieux, ni de posséder, ni d’accumuler car de toute façon, personne ne m’appartient. Pour expliquer cet état d’esprit, j’aime parler de voyage et comparer les personnes à des pays.

Aucun pays ne m’appartient, j’en ai découvert quelques-uns et j’ai décidé de vivre en France où je m’y sens bien. J’ai tout ce qu’il me faut ici mais je sais que ce n’est pas la condition de mon bonheur et que je serai heureux dans de nombreux autres pays.

J’aime voyager et quand je voyage ce n’est pas en quête de trouver un nouveau « meilleur » pays mais c’est pour vivre une aventure. Découvrir de nouveaux paysages, de nouvelles cultures, de nouvelles façons de penser, vivre des émotions fortes et enrichir ma propre expérience de celles des autres.

Quand je reviens en France, je suis content de rapporter des souvenirs, des idées, des recettes, des habitudes et plein d’autres choses que je vais à mon tour partager et faire découvrir.

Je suppose que vous avez également au moins un pays que vous aimeriez visiter. Est-ce que si je vous offre ce voyage, vous refuseriez parce que vous êtes déjà bien chez vous ?

RÉPONSE

Les polyamoureux sont-ils des éternels insatisfaits ?

On a tous une capacité différente à être satisfait ou non de nos relations et qui n’a rien à voir avec notre choix de vivre de manière exclusive ou non. Les monogames comme les polyamoureux peuvent passer leur vie dans une relation qui ne les satisfont pas ou en changer dès que c’est le cas car ils ont peut-être des attentes particulières ou ils sont en quête de quelque chose d’irréaliste.

Au bout du compte, peu importe son orientation et ses choix de vie, l’important est d’apprécier ce que l’on a.


Publié par Romain

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Un commentaire sur “POLYAMOUR CLICHÉS #1 | Les polyamoureux sont-ils des éternels insatisfaits ?

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  1. Le bonheur ? Enfin, je préfère les instants de bonheur, présents, passés et projeter ceux à venir (sans en faire une volonté absolue à mon … bonheur). La vie et mes émotions m’ont mené à vivre une polyaffectivité qui est mienne. Personne ne peut la comprendre, juste je n’est pas la volonté d’aller à l’encontre de mes émotions, surtout si elles se transforment en un attachement systématique pour quelqu’un d’autre. Si une personne ne peut s’intégrer dans mon univers, par choix ou par raison sociétale, je fuis cette personne. Je fais mon deuil de ce lien, que j’aurai voulu beau et sain, honnête, sincère, franc et authentique, dans la réciprocité. Dire que j’en serais insatisfaite relèverait d’un non sens. Avoir simplement eu le coeur qui s’embrase face à un regard, une voix, un sourire, etc est déjà source de bonheur. Aimer plusieurs personnes demandent au contraire de se satisfaire de ce qui est possible. Je reprends souvent le passage du Petit Prince d’Antoine de Saint Exupéry avec la rencontre du personnage principal avec le renard. Ce dernier sait que cet ami, dont le temps et l’apprivoisement, proche et aimé, partira. Sauf qu’il y aura toujours la couleur des blés. Et puis, cette rose unique, bien qu’apparemment ressemblante à toutes les roses.
    Bref, ce qui relie deux êtres amoureux est, et n’a pas à satisfaire à quoi que ce soit. La notion d’offrir est différente de l’amour. On offre de soi, parfois. On offre un commun, parfois. Offrir est gratuit et ne vise pas à entrer dans une satisfaction, même si c’est pour aider à alléger un fardeau de vie.
    Pour l’exemple, mon amoureux a cassé son téléphone. Mon chéri de vie a proposé que j’envoie un portable dont il n’a plus l’usage, sachant que ça satisfera à un besoin impérieux pour mon amoureux (étudiant sans moyen financier important). Cet acte est gratuit et humain d’aider une personne. L’environnement poly, c’est aussi cela. Depuis que je suis poly, malgré une critique m’ayant catalogué “d’égoïste” par rapport à mon conjoint (chéri de vie), je me sens plus humaine. Cette dimension a pris une place centrale dans mes réflexions et dans mes actes. Curieusement, l’amitié est devenue plus “compliquée”. Je ne peux être amie avec des personnes qui me montrent du doigt. Alors je restreins mon cercle relationnel. La qualité au profit de la qualité. La profondeur relationnelle aussi m’importe réellement.

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par Anders Noren.

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